DE |  FR |  IT |  EN

Triumph

 

  • Siège principal : Bad Zurzach (AG)
  • Branche : Industrie textile
  • Chiffre d’affaires : 2,25 milliards CHF
  • Propriété : Familles Spiesshofer et Braun
  • Effectif : 37'515 (2009)
  • CEO : Markus Spiesshofer

En 2009, Triumph International a licencié en Thaïlande et aux Philippines plus de 3'600 travailleuses et travailleurs sans consultation préalable des syndicats. Une manière de faire qui contrevient aux Principes directeurs de l’OCDE pour les multinationales. Les syndicats ont donc déposé une plainte auprès du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), en charge du point de contact national (PCN) suisse pour les Principes directeurs. Le Seco a cependant manqué d’engagement et a clos la procédure en 2011 sans qu’une seule réunion de médiation ait eu lieu.


Triumph est l’une des rares multinationales au monde dans l’industrie textile. Elle possède ses propres usines, lesquelles assurent une grande partie de sa production et représentent environ les deux tiers de tous les sites de fabrication dans sa chaîne d’approvisionnement. La maison-mère suisse a donc une responsabilité directe pour les conditions de travail locales. Dans sa déclaration de mission sur son site Internet, Triumph écrit : « Nos employés passionnés – considérés comme nos meilleurs atouts et ambassadeurs sur le marché – rendent nos marques fortes et attrayantes. Inspirés de l’héritage familial, nous satisfaisons aux normes éthiques et sociales et prenons soin de l’environnement. » Dans le cas présent, l’entreprise n’a pas mis en œuvre ces principes, alors même qu’il s’agissait de ses propres sites de production.


Licenciements massifs

Le jeudi 25 juin 2009, la direction de la filiale de Triumph Body Fashion (Thailand) Ltd. (BFT) décrète d’une manière inattendue deux jours de congé pour le week-end. Le samedi 27 juin, le syndicat est informé – pour la première fois officiellement – de licenciements massifs à venir. Le lundi 29 juin, la direction réunit les 4'200 employés et leur communique que 1'959 d’entre eux perdront leur emploi. Parmi eux, plusieurs membres de la tête du syndicat – 90% des limogés étaient syndicalisés – des personnes âgées et handicapées ainsi que 28 femmes enceintes. Beaucoup travaillaient déjà depuis 20 à 30 ans pour Triumph.

Le même scénario se reproduit aux Philippines. Le 27 juin 2009, la direction annonce au syndicat la fermeture de la fabrique Triumph International Philippines (TIPI). Tous les travailleurs et travailleuses perdent leur emploi le 9 juillet. Le 25 juillet, c’est au tour de Star Performance Incorporated d’être bouclée ; l’ensemble de son personnel est mis à pied. Au total, 1'663 travailleurs et travailleurs ont été touchés par la fermeture des deux fabriques.


Pratiques antisyndicales

Des syndicats très actifs et bien établis existaient depuis longtemps dans les fabriques de Triumph, tant en Thaïlande qu’aux Philippines. Les licenciements massifs ont représenté pour eux le point culminant d’une longue série d’actions antisyndicales de la part de la direction de Triumph. En Thaïlande, Triumph avait investi quelques années auparavant dans la construction d’une fabrique qui occupait environ 1'300 personnes en été 2009, alors qu’elle pouvait en employer jusqu’à 3'000. Cette usine n’a pas été touchée par la vague de licenciements ; le personnel n’y était pas organisé syndicalement.

Aux Philippines, les travailleurs et travailleuses licenciés ont rapporté que Triumph leur avait proposé des emplois chez des sous-traitants. Une manière de les priver de leurs droits acquis grâce à leur bonne organisation syndicale et de les contraindre à des relations de travail précarisées. Les femmes constituent la grande majorité de la main-d’œuvre dans l’industrie textile ; elles ont souvent plusieurs enfants qu’elles doivent éduquer seules. La précarisation de leur emploi a donc des conséquences considérables pour des familles entières.

Les syndicats ont essayé à plusieurs reprises de négocier avec la direction de Triumph. Sans résultat. La multinationale a répondu qu’elle avait respecté les lois locales. Elle a, ce faisant, souverainement ignoré le fait que les lois nationales ont, dans de nombreux pays asiatiques, été vidées de leur contenu depuis longtemps sous l’effet de la concurrence internationale dans la branche textile.


Passivité du PCN suisse

Les deux syndicats de Thaïlande et des Philippines ont déposé le 2 décembre 2009 une plainte contre Triumph auprès du PCN suisse pour violation des Principes directeurs de l’OCDE. Ils ont protesté contre la pratique antisyndicale générale de Triumph, fait valoir que la direction n’avait pas annoncé préalablement les licenciements massifs ni négocié un plan social avec les syndicats.

Le Seco, en charge du PCN, s’est avéré un mauvais arbitre. Alors qu’elle s’était dite d’entrée de jeu ouverte à une médiation, Triumph a par la suite refusé une rencontre de médiation sur la plainte. Le PCN a accepté cette attitude de refus et entériné la fin de sa tentative de médiation avant même toute réunion avec les syndicats.

Les dépositaires de la plainte reprochent au Seco de s’être contenté d’un rôle de facteur entre Triumph et les syndicats, sans avoir jamais soutenu l’organisation d’une rencontre de médiation ni entrepris un examen indépendant du cas. Le PCN a également rejeté la possibilité d’une rencontre de médiation en Thaïlande ou aux Philippines, sous prétexte que la pratique habituelle veut que de telles réunions aient lieu en Suisse. Le PCN a également refusé de soutenir un voyage des plaignants en Suisse ainsi que la traduction des documents finaux en langues locales.


Etat actuel

Dans son rapport final, le PCN ne dit rien sur la violation ou non par Triumph des Principes directeurs de l’OECD. Il ne formule aucune recommandation pour l’amélioration de leur mise en œuvre, contrairement à ce que les Principes demandent aux PCN. Le réseau international d’organisations non gouvernementales OECD Watch a critiqué l’attitude du PCN Suisse. Il exige des standards minimaux pour le traitement des cas par les PCN, afin d’éviter à l’avenir des procédures minimalistes et des rapports finaux sans substance.

Le mécanisme de plainte de l’OCDE devient un instrument inconsistant et inutile si le PCN refuse de s’exprimer sur une éventuelle violation des Principes. Par son attitude négative et passive, le Seco ne contribue pas à la résolution d’un conflit de travail. Il donne au contraire aux entreprises le signal qu’elles n’ont pas à rendre compte de leurs actions. Il décourage les victimes directes des violations des droits humains et du travail au Sud d’utiliser le mécanisme de plainte prévu par les Principes directeurs de l’OCDE pour les multinationales. Il rend difficile, quand il ne l’empêche pas, leur participation à un tel processus.


Liens pour des informations complémentaires

 


Exemple de cas au format PDF :

FEINHEIT Grafik Zürich – CI/CD, Webdesign, Flash, Webshop, XHTML/CSS